Natura 2000 : enfin un débat

Alain Pibot, Claude Exposito et Renaud Dupuis de la Grandrive

Mieux vaut tard que jamais dit le dicton. Il s’applique en effet à merveille en ce qui concerne la communication sur le dossier Natura 2000 et son application qui a déjà fait abondamment parler de lui à Portiragnes.
C’est à l’initiative de l’association de Réflexion et Perspectives qu’Alain Pibot, chargé de mission à la Direction régionale de l’environnement (DIREN), est venu à Portiragnes ce mardi 28 novembre. La présence de Renaud Dupuis de la Grandrive, responsable d’une association de protection de l’environnement était présent pour donner le point de vue des écologistes. Dans la salle enfin, les chasseurs étaient largement représentés, leur porte-parole désigné étant André Séguier. La salle du porche de la maison des association était comble à 18h lorsque la réunion a débuté en présence d’environ 150 personnes.
Claude Exposito, président de l’association organisatrice, a ouvert le débat et donné rapidement la parole à Alain Pibot qui a présenté en détail la démarche Natura 2000. On peut tenter de résumé son propos en disant que cela consiste en l’application de directives européennes dont le but est de mettre en place un réseau cohérent dans le but de gérer le patrimoine en matière d’environnement. Portiragnes est concernée par la directive oiseaux, plus de 80 % de la commune étant classé en Zone de Protection Spéciale. Un inventaire va être effectué afin d’étudier la pertinence de la désignation et de décider quel type de gestion et quel type d’activité on doit régir dans la zone afin, selon le représentant de la DIREN, de mettre en place une gestion consensuelle des activités, avec un comité de pilotage qui réunit l’ensemble des acteurs concernés.
Renaud Dupuis de la Grandrive a ensuite pris le micro pour donner son point de vue sur la question. Il a expliqué que Portiragnes est un territoire exceptionnel en matière de population ornithologique et il a insisté sur notre responsabilité vis-à-vis des populations futures en ce qui concerne la préservation de ce patrimoine. Selon lui, Natura 2000 est une chance pour la commune. C’est un label et une image de marque très appréciés par les populations des pays nordiques ce qui en fait un argument touristique pour la station. Selon lui enfin, si effectivement on ne peut pas faire n’importe quoi sur un site Natura 2000, très peu d’activités y sont interdites. La chasse par exemple y est tout à fait autorisée. Ce que s’est empressé de confirmé M. Pibot, souhaitant ainsi couper court à tout polémique avec les chasseurs.
André Séguier, représentant la société de chasse, a expliqué de manière imagée, comme il sait le faire, le point de vue des siens, textes, exemples et références à l’appui. D’après lui, la notion de « perturbation et dérangement des oiseaux » que l’on trouve dans les textes est la porte ouverte à l’interdiction de chasser. Il a ensuite expliqué qu’un recours avait été déposé pour vice de forme dans l’arrêté de classement, celui-ci dénombrant 12 races d’oiseaux dans le texte déposé alors que celui présenté aux municipalités n’en comptait que 5.
M. Pibot a répondu point pour point à M. Séguier. Il a notamment précisé que Natura 2000 parlait de « perturbation et dérangement significatif ». La chasse n’entre donc pas en ligne de compte et n’est pas interdite sur un site Natura 2000. Chaque projet qui a un impact significatif doit être étudié en détail. Par exemple, on ne va pas interdire les activités de l’aéroport et empêcher l’extension des pistes car la outarde niche dans le secteur concerné. Etant donnés les enjeux économiques, on va envisager de déplacer le secteur de nidification de cet oiseau protégé.
Il a avoué que la réunion de ce Mardi aurait dû avoir lieu au préalable, il y a 10 ans, et aurait dû être à l’initiative de la DIREN. C’est une énorme erreur de communication au départ ce qui explique sa présence ce soir.
Le public présent dans la salle a ensuite été invité à poser des questions. On s’est interrogé sur la possibilité de poursuivre l’activité du club d’aéromodélisme après le classement.
Il semblerait que cela ne pose pas de problème du moment que des ornithologues attestent que cette activité n’a pas d’incident significative sur la faune avicole.
Il a été ensuite demandé quel était l’avenir de la réserve naturelle de Roque-Haute, celle-ci étant présentée par la personne qui est intervenue comme un véritable camp de concentration. M. Pibot a répondu que la réserve est déjà en zone Natura 2000, directive Habitat, et que l’on a atteint ici les limites du droit à la propriété et de la protection du patrimoine.
La question suivante concernait le schéma directeur de la commune et la nécessité de créer deux bassins de lagunage supplémentaire, la loi sur l’eau obligeant à restituer une superficie équivalente de zone humide. Il est répondu qu’il s’agit effectivement d’un problème important mais que cela n’a rien à voir avec Natura 2000.
Il est ensuite demandé pourquoi avoir mis en place des directives habitat et oiseaux distinctes. Pourquoi ne pas avoir tout regroupé sous une seule directive, ce qui poserait moins de problèmes de mise en place. M. Pibot avoue que cela pose pas mal de problèmes de gestion. C’est dû au fait que les  deux directives n’ont pas été mises en place simultanément.
Qu’en sera-t-il si la commune souhaite développer des projets d’urbanisation ou créer une zone d’activité ? A. Pibot affirme que Natura 2000 n’impose pas de contraintes supplémentaires à la règlementation déjà en place. Il faudra simplement ajouter une étude d’impact dans le dossier du projet et être plus attentif que dans un secteur classique.
Un parc éolien peut-il être réalisé dans une zone Natura 2000 ? Les personnes présentes, qui gardent en mémoire le spectre du projet de parc éolien off-shore du Libron, espéraient certainement que la réponse soit négative et que Natura 2000 ne soit pas compatible avec une telle implantation. Mais M. Pibot a expliqué qu’il n’y avait rien de systématique. Une étude d’impact des éoliennes sur l’espèce protégée serait faite dans ce cas.
La réunion s’est achevée après deux heures d’explication et de débat, chacun rentrant ainsi chez lui avec une information complète et contradictoire afin de se faire un opinion la plus pertinente possible.